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Empathie, mon cul! 30 août, 2008

Posté par docteursachs dans : La vie n'est pas un long fleuve tranquille , trackback

Il y a des jours comme ça, où l'on a juste envie d'être ailleurs, de faire un autre job, un truc cool, un peu répétitif. Où personne ne nous demanderait de nous impliquer, de nous confronter à la souffrance.

Avec mon DIU de soins palliatifs, je commence à prendre l'habitude d'accompagner les gens dans des moments difficiles, des agonies qui traînent des mois ou des cancers fulgurants. J'ai un certain nombre de souvenirs de ces instants particuliers qui me suivront longtemps, où la gorge se serre par empathie avec ces familles endeuillées, mais on gère ça le temps d'aller se poser dans une autre salle et de ravaler quelques larmes bien injustifiées par rapport aux leurs.

Ce matin, une jeune femme m'a demandé de l'aider à annoncer à sa fille de 8 ans et à son fils de 5 ans que leur papa, dont elle était séparée depuis 15 jours, s'était jeté sous le TGV dans la nuit. Elle n'arrivait pas à le faire elle même, à trouver les mots.

Vous croyez que je les ai trouvé? Pas plus qu'elle. Je n'ose pas imaginer le souvenir que gardera cette gamine du grand con assis dans la cuisine ce jour là pour lui apprendre froidement que son père était mort. Pour le bonhomme, à 5 ans, la seule expérience de la mort qu'il avait, c'était son avant dernier hamster dont il avait déjà oublié le nom. Il est d'ailleurs allé chercher le nouveau pour me le montrer, que je vois qu'il allait bien, le hamster. Je me suis senti encore plus con.

Je ne sais pas ce que j'aurais pu leur dire. Je me suis senti le dernier des cons, complètement dépourvu de tact et de chaleur humaine. C'était pitoyable.

Je ne sais pas très bien si c'est deuil de cet homme que je n'ai jamais connu ou la piètre estime de moi même qui m'a fait pleurer tout seul dans la voiture en retournant au cabinet.





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Commentaires»

Katia
1. Katia - 31 août, 2008

Etre ailleurs, un boulot répétitif dans lequel on ne s’alourdit pas des histoires parfois si difficiles à évacuer…J’en rêve aussi certains jours…Pour cette jeune femme et ses enfants, peut-être simplement le fait d’avoir évité à la maman d’être le messager et qu’elle soit restée leur mère avec qui partager la douleur. Je ne sais pas si là était ta place mais je ne crois pas lire un “grand con” dépourvu de tact et de chaleur humaine…

Lou
2. Lou - 31 août, 2008

ça doit vraiment être difficile de gérer ça…

Guillaume
3. Guillaume - 1 septembre, 2008

Il y aura toujours un moment violent dans une telle annonce. Ce ne sont pas les instants liés aux mots que l’on prononce, mais l’instant ou la personne en face réalise ce qui se passe. Ce qui reste ensuite, ce sont les regards, les gestes et les détails qui entourent l’annonce. Une couleur, une musique, une odeur… et pourquoi pas un hamster ?

Tout mon soutien.

Barbara
4. Barbara - 2 septembre, 2008

oui donc justement il reste encore de la place pour aller cueillir les clémentines en Corse (6 postes à pourvoir pour le 1er novembre sur le site de l’ANPE). Je suis persuadée que tu n’étais pas si froid que tu le pensais, et pis, entre nous, t’es pas si grand que ça ! Bises et Keep the faith

Rrr
5. Rrr - 2 septembre, 2008

Moi, dans les moments où je me sens nulle, je me dis que je l’ai probablement été moins qu’un autre que la question n’aurait pas effleuré.

“L’empathie”, le truc, le machin qui fait du bien aux gens, c’est aussi quelque chose qui nous habite, qui nous dépasse, et qui dit autant de choses que les mots qui sortent de notre parfois piteuse bouche.
Je me dis que, même si j’ai dit des mots à la con, même si je me suis empêtrée, le respect authentique que j’éprouvais pour les gens à ce moment là, ma peine pour eux, mon bidule, en somme, a forcément filtré par quelque part.
On n’est pas étanches de l’empathie.

Et ce qui reste, effectivement, comme le dit Guillaume, c’est ça.
Et un gars qui tient le blog que tu tiens est forcément plein de trous à empathie.

docteursachs
6. docteursachs - 2 septembre, 2008

Merci pour votre soutien, les filles et les gars.
Mon chagrin ne sera de toute façon pas comparable au leur…

ML
7. ML - 3 septembre, 2008

La formation à la communication médicale est un plus qui aide
Un séminaire “annonce d’une maladie grave “sera organisé fin septembre (sur 48 h, le vendredi 27 et sam 28, région parisienne). Contactez moi si ça vous dit
ML

docteursachs
8. docteursachs - 3 septembre, 2008

Merci mais je fais déjà un séminaire “escalade entre copains pour se vider la tête” ce week end là.
Une autre fois avec plaisir et intéret

Barbara
9. Barbara - 5 septembre, 2008

c’est quoi ce séminaire ? c’est pas un truc cochon au moins ?

aruno
10. aruno - 29 novembre, 2008

malheureusement on ne vis pas tous dans du coton !

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