12 octobre 2010 8 Commentaires

De l’amélioration des pratiques professionnelles

Être médecin, c’est source de fierté, à maintes occasions.

Faire de bons diagnostics, sauver des vies, accompagner des familles sur 4 générations dans les bons et les mauvais moments avec la même bienveillance.

Mais tout ça reste trop concret, presque prosaïque.

La quintessence, l’apothéose, que dis-je, la jouissance intellectuelle extrême, je l’ai trouvée la semaine dernière, en menant à bien la certification V2010 pour l’hôpital où j’interviens. En ma qualité de président de CME, j’ai eu l’honneur de participer dans les moindres détails à ce travail délicieux où le crétinisme bureaucratique s’épanouit dans toute sa splendeur.

 

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne crache par sur la HAS. Je ne nie pas l’utilité d’une forme de contrôle qualité des établissements de santé. Mais est-ce bien raisonnable de demander le même travail à un service de médecine de 30 lits dans un hôpital local qu’à un CHU? Y aurait-il un jour une chance que les gens du ministère viennent voir vraiment sur terre comment ça se passe pour cesser de mettre des freins à toutes les bonnes volontés et les pousser au burn out un peu plus vite?

 

Quelques  éléments à méditer, après cette semaine mémorable.

Pondre des protocoles au kilomètre n’a jamais aidé un service à fonctionner, surtout quand la majorité du personnel, y compris médical, au mieux ne les respecte pas, au pire ne connaît même pas leur existence.

 

Nous ne sommes pas bons sur la réévaluation des antibiothérapies à 48h et sur la traçabilité de l’information apportée au patient et au recueil de son consentement (évidemment, les dossiers de certains de mes confrères s’inspirent largement de l’art des haïkus).

Proposition de l’accréditeur: rédiger une phrase type à copier-coller dans chaque dossier au besoin, un clic et le dossier est en règle. La réalisation de l’acte lui importe peu, sa traçabilité nous rapporte des points, même si elle est fantoche, comme la présentation éclairée de la balance bénéfice risque par les chirurgiens, écrite en noir et blanc dans tous les courriers, même si elle se réduit toujours en pratique à une photocopie-type glissée dans la liasse des paperasses infligées au patient en pré opératoire.

 

Nous ne sommes pas bons sur l’identitovigilance, car la procédure d’entrée le week-end n’assure pas systématiquement que le patient ait un dossier informatique, et donc des étiquettes, avant le lundi matin.

Proposition de l’accréditeur : ne pas faire d’entrée le week end, d’autant plus que cela concerne à peine 5 patients par an. Mais ne voit-il pas, ce bureaucrate oligophrène, que ces 5 patients par an, ce sont des gens en soins palliatifs, qui font l’aller retour entre leur domicile et notre service, et qui vont devoir, un dimanche où ils sont moins bien,  supporter 30 minutes d’ambulance, puis 4h sur un brancard aux urgences, entre l’entorse du footballeur et le gamin qui a 38.5 depuis la sieste, puis 3 nuits dans un service où on ne le connait pas avant de revenir chez nous. Que ce sont des personnes âgées, habituées au service parce qu’ils y viennent 2 fois l’an quand elles sont un peu fatiguées, qui vont connaître le même parcours qui va leur faire perdre  la boule pendant 2 semaines avant de retrouver leurs repères.

 

Chaque proposition qu’il nous a faite était une preuve supplémentaire que la prise en charge réelle du patient n’est pas la priorité, mais la trace écrite du respect des protocoles.

Bon petit soldat, je rentrerai dans le rang, je remplirai les cases à remplir pour que mon hôpital ait une bonne note pour la V4, même si le temps dépensé le sera au détriment de celui réellement passé auprès du patient, et la semaine s’il vous plaît, c’est quoi ces gens qui attendent le dimanche pour qu’on leur trace le consentement?

 

Pendant 4 jours, tout le monde avait un joli badge pour être bien identifié, tout le monde a fait comme si c’était une expérience enrichissante. Moi même , je suis ravi d’avoir appris par cœur le projet médical d’établissement, les objectifs du CPOM et le programme d’amélioration de la qualité et de la gestion des risques.

Mais le souvenir principal que je garderai, c’est d’avoir bousillé en 4 jours le bénéfice de 2 semaines de congés, pour que tous les efforts soient oubliés à peine les accréditeurs ramenés au train.

8 Réponses à “De l’amélioration des pratiques professionnelles”

  1. doc Holiday 14 octobre 2010 à 9:35 #

    Tout fait daccord avec votre analyse, confrère.
    La recherche à tout prix de la qualité et de la traçabilité consomme trop de ressources de la part des soignants pour être profitable aux patients.
    La preuve: on peut désormais exercer la profession de médecin durant une carrière sans JAMAIS avoir approché un patient. Médecin inspecteur, médecin conseil, médecin coordonnateur, médecin qualiticien et j’en passe…

  2. Taedium Vitae 14 octobre 2010 à 23:12 #

    Bonsoir Dr Sachs,
    Tout d’abord, bienvenue dans la démarche qualité accompagnant généralement la notion de centre de profit … en place depuis de nombreuses années dans les grosses entreprises privées. Bon courage, parce que ce n’est pas sain !
    Ensuite, votre lien sur « président de cme » ne fonctionne pas (seule l’info-bulle est renseignée).
    Bonne soirée
    Au plaisir de vous lire

  3. docteursachs 15 octobre 2010 à 8:59 #

    Correction technique effectuée!

    Merci

  4. ambre 15 octobre 2010 à 20:18 #

    tiens, nous aussi, pour la certif’, ils nous demandent des trucs pas possibles, comme changer de tenue à chaque fois qu’on va en salle d’acc (et donc se rechanger quand on revient dans le service, ce qui impose un changement de tenue au minimum 10 fois par jour, et souvent beaucoup plus…)…et idem que vous pour les protocoles au km. rassurée de voir que c’est partout pareil…

  5. Borée 16 octobre 2010 à 15:08 #

    Ouch ! En comparaison, le « projet de soins » que nous avons du pondre pour le dossier de création de notre future Maison de santé rurale, c’est de la rigolade.

    Tu pointes bien du doigt le scandale de ces histoires. Qu’on nous évalue, qu’on nous demande des comptes, qu’on cherche à améliorer nos pratiques, pourquoi pas. Mais quand ce qui est important, c’est la rédaction de « protocoles » plutôt que la réalisation concrète des actes, c’est vraiment n’importe quoi.

  6. dameraoul 17 octobre 2010 à 7:08 #

    ça fout les jetons…. et c’est dommage, faudrait pas que tu perdes ton côté médecin idéaliste

    Dernière publication sur Dame Raoul : Résurrection

  7. tony 27 octobre 2010 à 12:31 #

    salut Sachs’ son
    c’est du copié collé en HAD.
    Désespérant mais:
    - on est payé pour faire ces conneries
    - les associations de patients sont d’accord en général avec ces conneries; ça les rassure que l’Etat Providence vienne faire la leçon de morale aux soignants tous au moins escrocs au pire maltraitants.
    De mon côté, je ne me bats plus contre ça. Ça me dépasse: je retourne chez moi, à mon cabinet, justifier mes 30 % de cmu auprès de ma bonne caisse primaire que dis je primitive. Une fois tout ce taf fait, je lis Epictète en regardant les étoiles ou la pleine Lune lupique; ça me remonte le moral sur toutes nos gesticulations et j’attends que mes gosses aient les reins solides avant de me tailler… Ou alors je vais devenir expert-visiteur … Nan je blague
    Tony

  8. zigmund 24 novembre 2010 à 0:13 #

    ce n’est pas au train qu’il faut reconduire l’accréditeur il fallait le pousser SOUS le train !


Intervalle - formation - mo... |
Action contre le dopage |
Bien -être attitude |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Thérapeute multi référentiel
| DOUCEMENT LA MEMOIRE S'...
| pharmacieenligne