11 octobre 2012 7 Commentaires

De l’information éclairée

-C’est à nous!

-Bonjour Docteur

-Bonjour Monsieur Michel, asseyez-vous, je vous en prie. Dites-moi ce qui vous amène.

-Je pense que vous avez su ce qui m’était arrivé, j’ai été hospitalisé quelques jours en septembre. On m’a fait pas mal d’examens, et c’est pas fini puisque j’y retourne la semaine prochaine.
Bon, vous savez comment c’est à l’hôpital, pour voir le docteur et qu’il vous dise ce qui se passe, faut se lever tôt, alors j’ai demandé qu’on me fasse le double du courrier de sortie, et je voudrais que vous m’expliquiez quelques détails.

-On va regarder ça ensemble.

-Vous aviez su donc que je suis tombé chez moi et que je me suis fait un tassement de vertèbre. Le courrier dit « tassement d’allure ostéoporotique, sans ostéolyse », qu’est-ce que ça signifie? Je croyais que ce n’étaient que les femmes qui faisaient de l’ostéoporose.

-Ça leur arrive plus souvent, mais ça peut arriver aux hommes aussi. L’ostéolyse, c’est un aspect de la radio qui ferait craindre une métastase, ce qui n’est pas le cas chez vous a priori.

-C’est vrai qu’avec mon cancer de prostate, même si ça ne bouge plus, faut rester vigilant.
Et après, il disent « l’électrophorèse n’a pas montré de dysglobulynémie », c’est marrant, ça m’a rappelé mes cours de chimie quand j’étais en faculté, je vous parle de ça, y a un moment hein!

-C’est un examen qu’on fait pour regarder les protéines dans votre sang. Ici, on cherche surtout à éliminer un myélome, une maladie de la moelle osseuse qui pourrait aussi être une cause de tassement vertébral. Et l’examen est négatif.

-Donc, c’est plutôt une bonne nouvelle aussi. Et ils m’ont fait un traitement pour l’ostéoporose, c’est pratique, c’est juste une injection par an et on est tranquille!

-Oui, j’ai vu qu’ils vont fait de l’Aclasta. Bon, maintenant, c’est fait, mais j’aimerais en reparler avec le rhumatologue l’année prochaine, même si ça semble moins contraignant que de prendre des comprimés en plus, il y a des médicaments de la même famille que l’Aclasta qui sont mieux connus et risquent moins de donner des effets secondaires. On aura l’occasion d’en reparler.

-On ne m’en a pas parlé, c’est sûr qu’à l’hôpital,on vous fait un tas de traitement sans trop vous expliquer à quoi ça sert exactement!
Passons à la suite. J’ai eu aussi une radio de poumons qui montrait une petite tâche. Ils ont voulu compléter par un scanner, et là, ils disent « nodule périphérique à contours irréguliers de 8x12mm, sans adénopathie de voisinage; une lésion mitotique ne peut être exclue ». C’est quoi une lésion mitotique?

-C’est un joli mot de docteur pour éviter de dire cancer.

-C’est bien ce que je croyais. Mais que ce soit irrégulier, c’est plutôt mieux non?

-En fait non, une infection ou un vaisseau va donner plutôt une image ronde, c’est vrai qu’un nodule irrégulier est plus facilement une tumeur maligne, c’est pour ça qu’il faut aller voir plus loin.

-Justement, la pneumologue a fait une fibroscopie, pas une partie de plaisir, je vous assure! Ils en parlent un peu plus loin. « Accompagné d’un LBA avec recherche de cellules néoplasiques », ça veut dire quoi ça encore?

-Le LBA, c’est un lavage broncho-alvéolaire. Comme la tumeur est dans une trop petite bronche pour être accessible, on envoie un peu de liquide qu’on aspire ensuite pour essayer de récupérer des cellules tumorales. Néoplasique, ça veut dire cancéreuse aussi. On en a plein des mots pour pas dire celui qui fâche!

-Je vois ça, en effet! Ils disent qu’ils ont trouvé une muqueuse de BPCO, ça veut dire cancer, ça aussi?

-Non, c’est juste de la bronchite chronique, c’est probablement lié à vos années de tabagisme, même si c’est fini depuis plusieurs mois.

-Et à votre avis alors, c’est mieux d’aller l’enlever cette petite tumeur?

-Oui, à cause du tabac, de l’aspect du nodule, mais aussi parce que les ganglions autour semblent sains, c’est ça qu’on appelle « adénopathie », il vaut mieux intervenir tôt et connaître exactement le type de tumeur pour le traiter au mieux.

-Je vous fais confiance, Docteur, mais de toute façon je me voyais mal garder ça sans rien faire, c’est inquiétant quand même.
Encore une question, il faut qu’on renouvelle mon traitement aujourd’hui, pour le diabète et la tension, mais sur l’ordonnance qui m’a été donnée à la sortie de l’hôpital, tous les médicaments sont dans la partie « ALD », il me semblait que vous m’aviez expliqué que c’était seulement ce qui concernait mon cancer de prostate.

-Oui en théorie, c’est vrai. Mais dans cet hôpital, ils ont une fâcheuse tendance à faire les ordonnances sans distinction, sans se poser de question. Ça crée de la confusion, après, on peut se tromper si on n’a pas bien renseigné le dossier.

-Et ça fait des frais en plus pour la sécu j’imagine!

-Ceci dit, votre diabète et votre arythmie pourrait tout à fait justifier d’une prise en charge à 100%. Si vous avez votre carte vitale, je vais faire la demande par internet, mais avant, on va passer à côté, je vais vous examiner.

-Ok, allons-y.

Consultation qui a duré 40 minutes, un lundi matin, entre les explications, l’examen, les formalités administratives, les ordonnances de médicaments et de surveillance biologique.

J’aurais aimé avoir un étudiant ce jour là, pour montrer que la médecine générale, c’est aussi et d’abord ça, avant la rhinopharyngitologie.

7 Réponses à “De l’information éclairée”

  1. Malik 11 octobre 2012 à 10:24 #

    J’adore. Je ne sais pas si c’est moi qui suis psychorigide ou trop exigeant mais j’ai parfois le sentiment que certains des médecins que j’ai croisé ont un art du flou et de la retenue langagière assez inquiétants.
    La vertu qui est médicale ici me semble valoir partout : Expliquer ce que l’on fait et ce qui se passe pour rassurer, faire avancer c’est quand même l’essence d’un métier maitrisé.

  2. Maud 11 octobre 2012 à 11:22 #

    Bonjour, une petite réaction sur le fait qu on n explique pas tout aux patients à l hôpital. D abord ça change, et ça dépend des services bien sur. Le patient est de moins en moins pris pour un imbécile et on lui explique de plus en plus de choses. On a compris qu un patient qui connait sa pathologie sera mieux soigné que quelqu un à qui on ne donne pas la chance de s impliquer. Mais il y a un aspect qui est difficile quand on exerce à l hôpital, et chaque jour je m en rend compte c est qu on est souvent les premiers a annoncer un diagnostic, accompagne d un million d informations qui dans ce contexte sont très difficilement intégrées par le patient. Ils oublient littéralement des conversations entières, et si on n y prend pas garde, on sort de la chambre content de soi, après une demi heure de conversation, en se disant qu on a bien fait son boulot. Et en fait quand on repasse une heure après, ils ne savent pas toujours répéter les infos données… On n apprend pas ou peu à communiquer pendant nos études, c est quelque chose qui s expérimente. Mais il faut s y pencher et trouver ce temps qui court qui court…

    • docteursachs 11 octobre 2012 à 11:44 #

      Le but de ce texte n’est pas de faire du manichéisme pur jus libéral/hospitalier. Moi aussi au cabinet je passe du temps a expliquer certaines choses sans que ce soit compris ou retenu.
      Le but était de rendre compte d’une consultation hors du stéréotype j’ai mal au pied, le docteur regarde, je repars avec mon ordonnance.
      Et de tout l’intérêt d’avoir un œil synthétique sur l’histoire de ce patient.

  3. Fluorette 11 octobre 2012 à 16:46 #

    Amusant… Enfin si on veut. Je sors justement de chez Josette, qui est rentrée de l’hopital hier. Dans le joli CR : adénocarcinome de l’estomac. Ni son fils, ni elle ne semblent avoir été prévenus de rien. Moi je sais juste que le dossier a été transféré à un oncologue, je ne sais pas ce qui est prévu, je ne sais pas ce qu’ils vont décider.
    Je veux bien croire que Josette a des troubles mnésiques, mais son fils non. Et ça fatigue de devoir rattraper tout ça.
    Des biz, coco

    • Mathieu 27 décembre 2013 à 3:04 #

      Je découvre ce blog, bravo à l’auteur.
      Cette guéguerre contre l’hôpital-forteresse imprenable me gêne un peu.
      Je suis radiologue, praticien hospitalier, et j’ai appris progressivement à quel point la communication avec les médecins généralistes de nos patients est importante.
      L’information est capitale. Je me suis battu des années auprès de mes correspondants pour qu’ils m’adressent les compte rendus opératoires et l’anapath des patients dont je m’étais occupé. En vain. Or la confrontation radio-chir-histologie est LA façon d’évaluer la fiabilité de son travail, de rectifier le tir si nécessaire, de progresser. C’est finalement un chirurgien encore plus grande gueule qui m’a donné la solution: si une information t’importe vraiment, tu n’as qu’à la chercher!
      Dans le cas de cette patiente, un compte rendu est rédigé pour son retour à domicile. La consultation d’annonce a t elle eu lieu? Quand la RCP se réunit elle pour proposer le traitement oncologique? (RCP où je peux me rendre, au passage). Des questions légitimes. Un numéro de téléphone sur le courrier. Évidemment ce n’est pas l’idéal mais si j’estime pouvoir améliorer la prise en charge de cette patiente j’appelle et je demande à parler au médecin signataire du courrier. Je pourrai au passage lui rappeler l’importance de la communication entre médecins, et lui préciser les troubles mnésiques dont souffre cette patiente. On ne peut pas à la fois reprocher aux médecins hospitaliers de ne pas avoir pris le temps d’appeler le médecin traitant en cours d’hospitalisation pour obtenir ces précisions et en même temps se réfugier derrières des journées surchargées pour ne pas le prendre soi même.
      Nous sommes je l’espère tous animés par la volonté de prendre en charge au mieux chaque patient. Les plus louables intentions sont malheureusement parfois incomprises faute de communication.

      • Fluorette 28 décembre 2013 à 21:34 #

        C’est très bien de le faire, et vos correspondants ont de la chance.
        Malheureusement cette guéguerre comme vous dites a de beaux jours devant elle.
        Concernant ma patiente, il n’y a eu un compte-rendu rédigé qu’un mois et demi après. Le compte rendu provisoire, hormis le diagnostic, est vide. Aucune mention d’annonce ou quoi que ce soit de tel. Aucune mention d’un projet quelconque. Et j’ai appelé. Et personne ne m’a répondu.
        Parce qu’appeler oui, j’essaie souvent. Parfois, après divers postes qui ne sont pas le bon, je tombe sur des secrétaires qui : ne savent pas où est le docteur OU refusent de me le passer car lui est en consultation OU notent ma demande pour qu’il me rappelle. Depuis deux ans, j’ai noté : on ne m’a rappelée qu’une seule fois, et c’était un chirurgien. Je n’ai par exemple JAMAIS réussi à parler à un hématologue.
        Je ne peux pas passer mes journées à menacer et supplier.
        Je fais l’effort de faire des courriers pour les adresser (avec mention des troubles mémoriels, entre autres), j’aimerais des réponses, j’aimerais qu’on ne me renvoie pas les gens et qu’ils m’appellent à 17h, parce qu’ils rentrent de l’hopital sans ordonnance et qu’il faut que moi, je coure régler ce problème, alors que j’ai déjà du boulot jusqu’à tard. Je préfèrerais ne pas devoir supplier pour avoir une information, surtout auprès d’une secrétaire qui me mentionne que « son » docteur à elle travaille. Parce que moi j’enfile des perles.

  4. Docteur_V 12 octobre 2012 à 13:26 #

    Hier :
    - Vous savez, la voisine, Mme L. que vous soignez. Eh bien, elle va pas bien. Il lui ont trouvé un cancer avec des métastases. Vous n’étiez pas au courant ?


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